De Grandes Compositions

© Marie-Amélie Tek 2022

 
 

La Métamorphose

 

 
Tu peux tordre au pied des tiges
L’élastique de ton cœur

Ce n’est pas comme chenille
Que tu connaîtras les fleurs

Quand s’annonce à plus d’un titre
Ta ruée vers le bonheur

Il frémit et d’un seul bond
Rejoignit les papillons

La Métamorphose, Francis Ponge, avril 1944

 
 

La Grande Arche

 

 
Puis Dieu se résolut à ne plus jamais maudire la terre à cause de l’homme, et à ne plus jamais détruire toute vie de cette manière. En signe de cette promesse, Dieu mit un arc-en-ciel dans les nuages et déclara : « lorsque j’assemblerai les nuées sur la terre et que l’arc apparaîtra dans la nuée, je me souviendrai de l’alliance qu’il y a entre moi et vous et tous les êtres vivants ».

Genèse 9 : 14 ~ 15
 
 

Que l’homme apprenne à chercher le permanent dans le changement et l’éphémère ; qu’il apprenne à supporter la disparition des choses qu’il avait coutume de respecter sans perdre son respect ; qu’il apprenne qu’il se trouve ici, non par pour agir, mais pour être agi ; et que, bien qu’un abîme s’ouvre sur un autre abîme, que l’opinion fasse changer l’opinion, tous sont, en définitive, contenus dans la Cause éternelle.
« Si ma barque sombre, c’est pour une autre mer. »

Montaigne, ou le sceptique, Emerson
 
 

La Danse du Tigre

 

 

Je danse sur la peau de Shere Khan, mais mon cœur est très lourd. Les pierres du village ont frappé ma bouche et l’ont meurtrie. Mais mon cœur est très léger, car je suis revenu à la Jungle. Pourquoi ?
Ces deux choses combattent en moi comme les serpents luttent au printemps. L’eau tombe de mes yeux, et pourtant je ris. Pourquoi ?
Je suis deux Mowgli, mais la peau de Shere Khan est sous mes pieds. Toute la jungle sait que j’ai tué Shere Khan. Regardez, regardez bien, ô loups!
Ahae ! Mon cœur et lourd de choses que je ne comprends pas.

La chanson de Mowgli, Telle qu’il la chanta au Rocher du Conseil lorsqu’il dansa sur la peau de Shere Khan
Le Livre de la jungle, Rudyard Kipling

 
 

Les émerveillés dans la Symphonie universelle

 
 

Les Jeunes Filles
Que possède-t-il de plus qu’un autre, ton bien-aimé, ô incomparable, et pourquoi nous supplier ainsi ?
 

 
La Sulamite
Mon bien-aimé est blanc et vermeil. On le reconnaît entre dix mille.
Son visage est doré.
Les boucles de sa chevelure ont les reflets de l’aile du corbeau.
Ses yeux sont de longs diamants entre des clématites bleues.
Ses joues sont deux buissons de roses.
Sa bouche est une fleur de grenadier qui distille du benjoin.
Ses doigts sont des tiges d’iris, annelés de topazes.
Sa poitrine est un parvis de marbre où miroite une poussière de saphirs.
Ses jambes sont des colonnes d’ivoire qui soutiennent une arche d’or.
Mon bien-aimé a l’aspect du Liban, et il est svelte comme un sabre. Sa petite maison est le temple du bonheur. Tel est mon ami, tel est mon bien-aimé, filles de Jérusalem !

Cantique des Cantiques (Ancien Testament), chapitre 5, versets 9 à 16. Traduit de l’hébreu par Franz Toussaint.
 
 
« Mon chant a dépouillé ses parures. Je n’y mets plus d’orgueil. Les ornements gêneraient notre union […].
Que simplement je fasse de ma vie une chose simple et droite, pareille à une flûte de roseau que tu puisses emplir de musique. »

Rabindranath Tagore
 
 

« Mais déjà il tournait, mon désir et vouloir
tout comme roue et également poussée,
l’amour qui meut le soleil et les autres étoiles. »

La Divine Comédie (Paradis, XXXIII, 143-145), Dante